Dans le cadre de la promotion de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) et de l’inclusion financière, le Président du Conseil Économique et Social (CES), Conrad Gbaguidi, a reçu hier après-midi une délégation conduite par Kémi Fakambi, Directrice Générale de SENS-Bénin. La rencontre a porté sur les Alliances pour la Valorisation de l’Entraide Communautaire (AVEC), un dispositif communautaire qui permet aux populations locales, en particulier aux femmes, d’épargner, d’entreprendre et de renforcer leur autonomie financière.
À l’issue de l’audience, Marielle Degboe, coordonnatrice du programme « Genre et Justice Économique » pour CARE Bénin-Togo, et Olivier Noukpokinnou, coordonnateur du projet e-Basic pour SNV, ont accordé des interviews à la presse pour présenter et approfondir cette méthodologie d’inclusion financière portée par les communautés.
Selon Marielle Degboe, l’AVEC ne se limite pas à un simple groupe d’épargne et de crédit villageois. « Ce sont des groupements solidaires composés de 15 à 30 personnes qui cotisent ensemble, financent leurs activités génératrices de revenus et renforcent leur autonomie financière. Mais au-delà, c’est un espace de transformation sociale et de cohésion communautaire », explique-t-elle. L’approche, vieille de plus de trente ans, permet aux membres de se soutenir mutuellement, de renforcer la cohésion sociale et de bâtir un développement collectif sans lourde bureaucratie.
Durant l’audience, la délégation a présenté l’ampleur de l’initiative au Bénin : plus de 20 000 AVEC existent aujourd’hui, impliquant des centaines de milliers de femmes qui épargnent, entreprennent et participent activement au développement local. Les promoteurs ont souligné l’urgence d’un cadre réglementaire national pour encadrer ces groupements, assurer leur sécurité et faciliter leur inclusion dans le système financier formel.
Pour Olivier Noukpokinnou, l’approche AVEC constitue un instrument clé pour l’inclusion financière. « Ces dispositifs communautaires permettent aux acteurs locaux, souvent exclus du financement formel, de se soutenir mutuellement et de financer leurs activités génératrices de revenus. C’est un levier concret pour promouvoir l’inclusion financière et renforcer la prospérité des communautés », a-t-il déclaré. L’audience a permis de constater un accord sur la nécessité de soutenir ces initiatives à l’échelle nationale.
Les échanges ont également permis de comparer l’expérience béninoise avec d’autres pays ayant mis à l’échelle l’approche AVEC, tels que le Bangladesh, Madagascar, le Rwanda ou la Côte d’Ivoire, où les gouvernements ont reconnu officiellement les groupements, tout en préservant leur caractère communautaire et solidaire.
Le collectif a présenté au CES plusieurs pistes de collaboration stratégique pour le Bénin : reconnaissance officielle des AVEC, cartographie nationale, définition d’un cadre réglementaire adapté, création de services financiers innovants comme la micro-assurance ou la digitalisation, et mise en place d’un mécanisme pérenne de suivi et de formation continue.
Selon Marielle Degboe, le CES peut jouer un rôle central dans cette dynamique : « Votre institution est la voix morale et la boussole sociale du pays. Votre appui offrirait une direction claire, une impulsion nationale et un signal fort en faveur de l’inclusion financière communautaire, surtout pour les femmes et les populations rurales. »




