Le Président du Conseil économique et social (CES) a pris part, le jeudi 12 mars 2026 au siège de l’UNESCO à Paris, à une rencontre internationale consacrée à l’avenir de l’enseignement supérieur. Intitulée « Higher Education Today and Tomorrow », cet événement a marqué le lancement officiel de deux publications stratégiques : la feuille de route mondiale pour la transformation de l’enseignement supérieur et le Rapport mondial sur les tendances de l’enseignement supérieur 2026.  

Organisée dans un contexte de profondes mutations technologiques, géopolitiques et sociales, la rencontre a réuni responsables politiques, dirigeants d’universités, chercheurs, représentants d’organisations internationales et partenaires du secteur éducatif. L’objectif était de nourrir une réflexion collective sur les transformations nécessaires pour adapter les systèmes d’enseignement supérieur aux défis contemporains et aux objectifs de développement durable, en particulier l’Objectif de développement durable n°4 relatif à une éducation inclusive et de qualité.  

Un secteur à un tournant historique

Dans leurs interventions, plusieurs responsables de l’UNESCO ont rappelé que le monde compte aujourd’hui près de 269 millions d’étudiants et plus de 24 000 établissements d’enseignement supérieur, un secteur en expansion mais confronté à des défis majeurs.  

La transformation rapide des technologies, notamment l’essor de l’intelligence artificielle, la pression sur les financements publics, la mobilité internationale des étudiants ou encore les menaces pesant sur la liberté académique figurent parmi les enjeux structurants qui redéfinissent le rôle des universités dans les sociétés contemporaines.

Les discussions ont également mis en lumière les importantes disparités d’accès à l’enseignement supérieur entre les régions du monde. Alors que certaines régions affichent des taux de scolarisation dépassant 70 %, l’Afrique demeure autour de 14 %, illustrant l’ampleur du défi en matière d’accès équitable au savoir et aux opportunités académiques.

Pour les intervenants, l’accès aux connaissances ne relève pas uniquement d’un enjeu éducatif, mais aussi d’une question de droits humains et de coopération multilatérale. Les universités ont ainsi été appelées à jouer un rôle central dans la production de solutions face aux crises contemporaines, qu’elles soient climatiques, économiques ou sociales.

Une feuille de route issue d’une consultation mondiale

Au cœur de la rencontre figurait la présentation de la publication « Transforming Higher Education: Global collaboration on visioning and action », qui constitue la feuille de route mondiale de l’UNESCO pour la transformation du secteur.

Ce document est le résultat d’un vaste processus de consultation internationale engagé à la suite de la Conférence mondiale de l’enseignement supérieur de 2022, organisée à Barcelone. Plus de 15 000 participants issus de toutes les régions du monde, à travers 250 sessions et plus de 1 500 contributions, ont alimenté la réflexion collective ayant conduit à l’élaboration de cette feuille de route.  

Le texte propose sept principes directeurs et plusieurs axes de transformation visant à faire évoluer les systèmes d’enseignement supérieur vers davantage d’ouverture, d’inclusion et de pertinence sociale.

Parmi les orientations clés évoquées figurent notamment :

  • le passage d’un système marqué par la rareté et l’exclusion vers un accès plus ouvert et inclusif au savoir ;
  • l’évolution de pédagogies traditionnelles vers des approches d’apprentissage actives et centrées sur l’étudiant ;
  • l’intégration d’une logique d’apprentissage tout au long de la vie plutôt qu’une formation limitée à un cycle universitaire ;
  • le renforcement des liens entre universités et économies locales, afin de soutenir l’innovation et les transitions économiques ;
  • le dépassement des cloisonnements disciplinaires au profit d’approches interdisciplinaires et collaboratives.

Cette feuille de route appelle ainsi les États, les universités et les partenaires internationaux à faire de l’enseignement supérieur un espace stratégique de construction du futur, capable de répondre aux défis globaux tout en renforçant l’équité et la solidarité entre les sociétés.

Des défis spécifiques pour l’Afrique

Les interventions diplomatiques ont également mis en lumière les réalités contrastées de l’accès au savoir selon les régions du monde.

L’ambassadeur du Kenya auprès de l’UNESCO, Dr Peter Ngure, a notamment illustré ces disparités par un exemple concret : dans certains pays développés, disposer d’un ordinateur constitue une évidence pour un étudiant, tandis que dans certaines régions africaines, marcher dans la rue avec un ordinateur dans son sac peut représenter un risque de sécurité en raison de sa valeur économique.

Au-delà de la question des infrastructures et des équipements, d’autres défis ont été évoqués, notamment la question de l’intégrité académique et les phénomènes de tricherie qui fragilisent la crédibilité des systèmes d’évaluation dans certains contextes.

De son côté, le représentant adjoint de la Norvège auprès de l’UNESCO, Harald Nybølet, a insisté sur la nécessité de préserver l’indépendance académique et la liberté de recherche, particulièrement dans un contexte où les universités subissent des pressions budgétaires croissantes et où les technologies émergentes, notamment l’intelligence artificielle, posent de nouvelles questions éthiques et pédagogiques.

De nouveaux outils d’observation des politiques universitaires

L’événement a également été marqué par la présentation du Higher Education Policy Observatory, un dispositif d’analyse comparative des politiques d’enseignement supérieur à l’échelle mondiale.

Cet observatoire, qui s’appuie sur les données de près de 150 pays et plus de 40 indicateurs de politiques publiques, vise à fournir aux décideurs un outil d’analyse pour mieux comprendre les tendances, comparer les réformes et éclairer les politiques nationales d’enseignement supérieur.  

La participation du Président du Conseil économique et social à cet événement international s’inscrit dans la dynamique de veille stratégique et d’ouverture internationale de l’institution. Face aux mutations rapides du savoir, de l’innovation et des marchés du travail, les débats autour de la transformation de l’enseignement supérieur constituent en effet un enjeu central pour les politiques publiques, notamment dans les pays africains engagés dans des stratégies de développement fondées sur le capital humain, l’innovation et l’économie du savoir.

En prenant part à cette rencontre de haut niveau, le CES renforce ainsi sa capacité d’analyse sur les grandes tendances internationales de l’éducation et de la formation, afin d’alimenter la réflexion nationale sur les politiques de développement, d’emploi et de transformation économique.

 

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