Les 12 et 13 mai 2026, à Malabo en Guinée Équatoriale, le Président du Conseil Économique et Social du Bénin, Conrad Gbaguidi, a pris part à la 5ème table ronde UCESA–CES de Chine puis à un Forum économique et social de haut niveau. Devant décideurs africains, partenaires chinois et institutions financières internationales, le président Gbaguidi a prononcé un discours structurant sur les conditions d'une coopération sino-africaine réellement transformatrice. 

Un paradoxe africain au cœur du débat

La 5ème table ronde UCESA–CES de Chine, organisée pour la première fois sur le sol africain, s'est tenue le 12 mai 2026 sous l'égide du Président de la République de Guinée Équatoriale, S.E. Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, qui a honoré la cérémonie d'ouverture de sa présence. Elle a réuni les CES africains membres de l'UCESA, le CES de Chine, ainsi que des partenaires majeurs de la coopération sino-africaine : China Road and Bridge Corporation, la Banque d'import-export de Chine et le Fonds de développement Chine-Afrique.

C'est dans ce cadre que Conrad Gbaguidi a ouvert les échanges par un constat saisissant. L'Afrique concentre 30 % des réserves mondiales de minéraux, 60 % des terres arables non cultivées et une jeunesse de plus de 400 millions de personnes. Et pourtant, le continent ne représente que 3 % du commerce mondial, exporte près de 80 % de ses produits à l'état brut, et son commerce intra-africain plafonne à 15 % loin des 60 % enregistrés en Europe ou des 50 % en Asie. « Voilà notre paradoxe : un continent riche, mais structurellement enfermé dans le rôle de fournisseur de matières premières au reste du monde », a-t-il déclaré.

Quatre axes pour une coopération renouvelée

Pour rompre avec cette logique, le Président Gbaguidi a proposé quatre axes concrets d'une coopération sino-africaine repensée.

Le premier porte sur les corridors multimodaux : il ne s'agit plus de construire des infrastructures reliant les zones minières aux ports d'exportation, mais de connecter les Africains entre eux (corridor Lagos-Mombasa, corridor transsaharien, corridor Pointe-Noire–Kinshasa) pour faire de l'Initiative la Ceinture et la Route l'alliée naturelle de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf).

Le deuxième axe concerne les zones économiques spéciales et la co-localisation des chaînes de valeur. Conrad Gbaguidi a cité l'exemple de la Zone Industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) au Bénin, où le coton, le cajou et le soja sont désormais transformés localement, générant des dizaines de milliers d'emplois. Il a rappelé l'entrée en vigueur, depuis le 1ermai 2026, du régime de « zéro tarif » accordé par la Chine aux exportations africaines, une opportunité historique qui nécessite un transfert de compétences normatives pour que les produits transformés accèdent réellement aux marchés chinois.

Le troisième axe vise la connectivité énergétique verte : avec plus de 600 millions d'Africains sans accès régulier à l'électricité et un potentiel solaire, hydraulique et géothermique exceptionnel, le continent peut faire de la transition énergétique l'un des grands chantiers de la décennie, en s'appuyant sur le leadership chinois en matière de technologies vertes.

Le quatrième axe porte sur la connectivité numérique et logistique : plateformes intégrées, guichets uniques, paiements transfrontaliers, dorsale fibre panafricaine. « L'Initiative la Ceinture et la Route doit aussi être une route immatérielle », a-t-il affirmé.

Le Forum : trois sessions pour passer des idées aux actes

Le lendemain, 13 mai, le Forum économique et social prolongeait les travaux de la table ronde sous un angle résolument opérationnel, avec pour thème : « Diversification économique et transformation numérique : quelles trajectoires pour un développement durable en Afrique ? » Il a réuni décideurs publics, institutions financières internationales, acteurs économiques et experts africains, asiatiques et européens. 

La première session, consacrée à l'agro-industrie et au tourisme durable, a ouvert les travaux autour d'un fil conducteur : comment transformer les ressources africaines en richesses africaines ? M. Mohammed Fikrat, Président du Directoire du Crédit Agricole du Maroc, en a assuré la présentation, avant des échanges nourris impliquant des experts chinois, marocains, camerounais et gabonais. Ce panel a été modéré par M. Eustache Kotingan, Conseiller national au CES du Bénin et Président du CNP-Bénin.

La deuxième session a examiné la transformation numérique comme levier de compétitivité et d'inclusion économique, en articulant deux enjeux complémentaires : d'une part, les opportunités que l'intelligence artificielle, les plateformes logistiques et les systèmes de paiement transfrontaliers ouvrent pour les entreprises africaines ; d'autre part, la nécessité d'une inclusion numérique qui ne laisse pas les PME et les populations rurales en dehors de cette dynamique.

La troisième session, dédiée à des rencontres ciblées business-to-business et business-to-government, a constitué la dimension la plus concrète du Forum. Elle visait à transformer les convergences identifiées en séances plénières en opportunités d'investissement tangibles, notamment en Guinée Équatoriale et plus largement sur le continent. C’est à ce titre que sous le parrainage du Président Conrad Gbaguidi, la Chambre de commerce et d’industrie du Bénin représentée par son Président M. Arnauld AKakpo a signé une convention de partenariat avec la Chambre de commerce de la Guinée équatoriale. Les deux organisations s’engagent à renforcer leur collaboration en vue d’une meilleure intégration économique et commerciale entre le Bénin et la Guinée équatoriale.

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